LOUP DE MON COEUR

LOUP DE MON COEUR

Eleveur Italien cohabiter avec le loup 2018

 

 CET ELEVEUR ITALIEN A TROUVE LA BONNE FORMULE POUR COHABITER AVEC LE LOUP

IL NOUS EXPLIQUE COMMENT

 

Le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot   a

autorisé   l'abattage de 2 loups suplèmentaires, portant à 40 le   nombre

de ces animaux    pouvant être tués cette saison.

En 1 an 14 individus ont ete abattus dans notre   département.

Mais comment vivre avec le loup?

  

  De l’autre côté du Mercantour, Maurizio Mauro élève des brebis   au cœur

 d’un   territoire de meutes. Depuis 5 ans, il n’a eu aucune     attaque.

Quelles technique    met-il en œuvre?

Sont-elles appliquées dans les Alpes-Maritimes? Dans la plaine au Sud

de Cuneo, Chiusa di Pesio. Au loin, à travers une légère brume, se détachent

les sommets du Mercantour. De l’autre côté de la frontière, en lisière de

ce bourg rural, Maurizio Mauro, veille sur son troupeau.Solidement ancré

dans la terre de ses ancêtres, ce grand gaillard de 28 ans a choisi l’élevage

il y a 9 ans. En sortant de l’école agricole de Cuneo. "Le loup était déjà là",

observe-t-il. Mais la présence du prédateur ne l’a pas détourné de son

projet: monter une exploitation de brebis roaschina.  

C’est une race très rare, il doit en rester un millier à peine. Elles sont

spécifiques de ces vallées du Pesio et de l’Ellero. On les reconnaît à ce

museau très particulier, très rond. Elles résistent bien au froid et à la

montagne."

Droit dans ses bottes jaunes et son bleu de travail, le jeune homme a

appris à coexister avec le loup. "Avant l’arrivée de la neige, les brebis

pâturent dans la plaine, tant qu’il y a de l’herbe. Ensuite, je les monte

à San Gregorio, dans l’étable."

 

loup-italie-2-medium.jpg

C’est dans cette bergerie située contre sa petite maison, à la sortie

du village au cœur du parc naturel du Marguareis, qu’elles passent

l’hiver. "Les loups vivent autour de nous, l’autre matin il y en avait trois

juste en face de la maison." 

En cette chaude journée de décembre, l’éleveur se partage encore

entre les deux sites, distants d’une dizaine de kilomètres. Dès que les

sols seront gelés, il les regroupera. Elles passeront l’hiver dans l’abri

monté par Maurizio: une serre soutenue par des étais rouillés. 

"Même par moins 10 degrés elles restent là."

"Quand j’ai commencé, je n’avais pas de chien. Mais, depuis 5 ans,

j’en ai pris, pour m’aider à garder le troupeau et éloigner le

loup. C’est très efficace." Son "gardien", un Pastore Maremmano

Abruzzese a été élevé dans un centre dédié. Né au milieu d’un troupeau.

"Comme ça, ils sont habitués dès leur naissance à cette présence,

et deviennent d’excellents gardiens." Il n’y a qu’à voir Luke à l’œuvre.

Il ne lâche pas les brebis des yeux. Alors qu’on s’approche de

l’enclos, il nous accueille d’une salve d’aboiements. Dissuasif. "Luke

travaille très bien, il est vraiment efficace contre les attaques de

loup. Je l’habitue aux gens, pour qu’il n’y ait pas de problèmes avec

les promeneurs."

 

Il déplore un incident. "C’était l’été dernier, un père de famille a dit

à son fils de se mettre au milieu du troupeau et de jouer au cow-boy,

les chiens ont voulu défendre, ils ont couru vers le garçon,

heureusement je suis intervenu. Des panneaux ont été installés

pour expliquer aux promeneurs comment se comporter. Quand le

chien s’approche, il ne faut pas paniquer, ni faire de grands gestes." 

L’été, quand Maurizio part en estive, à plus de 1.700 m d’altitude,

il prend quatre chiens.

"Je garde aussi les bêtes d’autres éleveurs de la vallée, j’en ai 130

à moi, plus 230 autres. Depuis l’arrivée du loup, on se regroupe pour

réduire les coûts de gestion."

 

LA PRESENCE HUMAINE JOUR ET NUIT

 

Du 1er juin au 30 septembre, Maurizio vit là-haut. Dans les montagnes

du parc naturel du Marguareis. Un espace protégé où le loup a élu

domicile. "La vie de berger me plaît, note-t-il. Mais de toute manière

je n’ai pas le choix. Depuis que le prédateur est revenu, il faut être

constamment présent."

Jour et nuit. "Je croise le loup, un jour sur deux, car l’alpage où je

garde les bêtes est au cœur d’un territoire de meute.

Au départ, quand il me voyait et que je parlais fort, il fuyait.

Maintenant, j’ai l’impression qu’il s’est habitué. Il est moins

craintif. Le loup ne s’échappe plus, il se comporte un peu comme

un chien. Mais mon rôle n’est pas tant de lui faire peur que

de coordonner les différentes mesures de protection pour éviter

les attaques". Maurizio liste alors son "plan d’action".

Visiblement efficace. Depuis cinq ans, il n’a eu à déplorer aucune

victime dans son cheptel. 

Le premier outil de dissuasion: sa présence. "Pendant la journée,

je les surveille, et je gère les quatre chiens à l’intérieur du

troupeau. Il faut être vigilant. Ça me demande d’être en permanente

en haut."

Technicien en charge de la prévention des attaques de loup depuis

14 ans dans la région de Cunéo, Davide Sigaudo est formel: 

"La présence physique, c’est un facteur clé. On a observé que

là où les éleveurs ont recommencé à rester avec leurs bêtes

et mis en place des moyens de prévention, le nombre d’attaques

a diminué. Il faut donc améliorer les conditions de vie de l’éleveur

en alpage. Avec des maisons bien bâties. Mais, c’est sûr qu’en

France où les troupeaux sont plus grands ce sera plus compliqué.

La question se pose d’évoluer vers des cheptels plus petits ou de

prévoir une personne de plus en alpage."

Davide Sigaudo met aussi en avant, les techniques: "En fonction

de la présence du loup, il est conseillé de réduire les mouvements

de brebis dans les alpages, et éviter de les déplacer le soir.

Pour aider les éleveurs, il faut améliorer les infrastructures,

notamment en créant des points d’eau pour que le troupeau

puisse boire où il se trouve". Il estime que c’est à "l’Etat de faire

ce travail".

 

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Maurizio Mauro, éleveur à Chiusa di Pesio Philippe Bertini

 

DES ENCLOS RONDS ET HAUTS

 

Deuxième volet du dispositif de protection déployé par Maurizio: les

barrières."En montagne la nuit, je mets le troupeau dans un enclos

électrifié". Il s’interrompt, désigne le filet derrière lui. "Ils sont plus

hauts que ceux que j’utilise dans la plaine. En alpage, j’installe une

clôture d’1,5 m, parce que si elles sont trop basses, ça ne sert à rien,

le loup peut sauter par dessus. Après, il faut tenir compte du

terrain, de la pente". Il reconnaît que l’installation est pénible. 

"Ces enclos sont lourds à transporter et difficiles à planter." 

Mais le berger a la force physique de ses 28 ans.

"La nuit, si les chiens aboient d’une façon particulière, je sors

pour vérifier qu’il n’y a pas de problème."

Comment son installation résiste-t-elle à la panique du

troupeau? Une difficulté majeure, à laquelle se trouvent confrontés

bon nombre d’éleveurs azuréens. "Les loups tournent autour des filets

de protection, les brebis paniquent et elles finissent par arracher

l’enclos", décrit ce berger de Pierlas, dépité de voir son enclos

régulièrement mis à mal par la tactique du loup.

Maurizio reconnaît que cette ruse est difficile à déjouer.

"On m’a conseillé de laisser un maximum d’espace à l’intérieur

de l’enclos, pour que les bêtes puissent déchaîner leur peur." Il a

aussi suivi les autres préconisations d’Arianna Menzano, vétérinaire

en charge du projet européen Life Wolf Alps pour la région du

Piémont: "La solution c’est de faire des clôtures les plus rondes

possibles, pour éviter l’accumulation de brebis dans les angles,

qui créent des points de fragilité, précise-t-elle. Et aussi de faire

un double-enclos."

Quand on demande à l’éleveur quel est son état d’esprit vis-à-vis

du prédateur, il marque un temps de réflexion. "C’est une bête très

belle et très intelligente, le problème c’est qu’elle veut manger mes

brebis. Alors pour éviter les attaques, ça me demande des

sacrifices. Rester en alpage tout l’été. Je ne prends pas de vacances.

Mais j’ai choisi cette vie."

Alors que le soleil commence à décliner, Maurizio Mauro quitte San

Gregorio pour regagner la plaine. Comme chaque fin d’après-midi,

il rentre le troupeau dans l’étable de ses grands-parents.

De peur que canis lupus ne s’aventure jusque dans la plaine? 

"C’est le loup à deux pattes que je redoute ici", conclut-il dans un

éclat de rire. "Les vols, surtout d’agneaux, ne sont pas rares.

 

Alors, mieux vaut être prudent."

 

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   "TROUVER LES COMPROMIS"

 

Avant de quitter la province de Cuneo, nous faisons un crochet par la

maison du parc du Marguareis. Une zone pour les amateurs de nature

et de randonnée qui joue à fond la carte du prédateur.

 

Dans le coin réservé à la boutique souvenir, les traces de loups sont

partout. Des tasses, aux tee-shirts, en passant par les itinéraires

de randonnée, les empreintes mènent au canis lupus. "Depuis que le loup

est revenu ici, au milieu des années 1990, on a vu le nombre de

touristes augmenter dans notre région", note Davide Sigaudo.

Un facteur d’attractivité, tant le loup fascine et attire. Mais, pour

que sa présence ne sonne pas le glas de l’élevage, des expériences sont

menées depuis 20 ans pour limiter la prédation.

Dans la province de Cunéo, où sont recensées 9 à 11 meutes, les années

noires de 2001-2002 semblent révolues. "On avait enregistré un pic de

320 ovins tués par les loups, commente Arianna Menzano.

Les éleveurs ont renforcé leur présence et commencé à utiliser les

chiens, des clôtures électrifiées, ils ont appris à bien s’en servir.

En 2015, on a déploré 80 animaux victimes du prédateur sur 16.000

ovins présents en alpages. Des attaques liées à une absence de

surveillance ou au brouillard."

 

Si la coexistence entre loup et pastoralisme ne se fait pas sans

heurts, des  hommes et des femmes travaillent à un équilibre.

"Le loup, comme les éleveurs ont leur rôle à jouer dans la conservation

de la nature, conclut Davide Sigaudo. Il s’agit de trouver les compromis

les plus acceptables." 

 

 

 

 



26/01/2018
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